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Marée noire. Un couvercle pour colmater la fuite sous la mer

colmater la fuite de la marée noir

C’est l’une des solutions retenues par BP pour contenir le pétrole qui souille les côtes américaines. Un procédé déjà utilisé par une société française sur l’épave du Prestige qui avait coulé en 2002.

Entretien avec Thierry Carlin. Directeur général de Nymphéa, société basée à Cassis (Bouches-du-Rhône), spécialisée dans la lutte contre les pollutions marines.

Les ingénieurs de BP envisagent la pose d’un dôme sur la fuite. C’est un système que vous avez expérimenté ?
Oui. Le pétrole est plus léger que l’eau de mer, donc il remonte et flotte. Le principe est de venir coiffer la fuite de façon à emprisonner ce qui s’en échappe. Imaginez une sorte de saladier géant posé à l’envers dans lequel, on récupère le pétrole.

Une technique que vous avez testée sur le Prestige, qui a coulé en 2002 au large de l’Espagne…
L’épave du pétrolier gisait par 3 800 m de fond. En surface, des bateaux équipés de gros systèmes de levage nous ont permis de descendre la cloche à l’aide de câbles. Des robots munis de caméras suivaient la manoeuvre sous l’eau. On a fait un trou sur le pont du Prestige que nous avons équipé d’une vanne. Quand on l’ouvrait, le pétrole remontait des cuves. Vu la température à cette profondeur, environ 4°, il était trop visqueux pour être pompé directement. On attendait donc que le réservoir se remplisse et on le remontait. Une fois en surface, il était remorqué vers le port le plus proche pour le vider. L’opération a duré six mois et nous a permis de récupérer plus de 17 000 tonnes de produit. À l’époque, c’était une première mondiale.

Cela peut-il être reproduit au-dessus d’un puits de pétrole ?
Bien sûr, mais avec des difficultés différentes. Le challenge est de réussir à s’amarrer au-dessus de la fuite et de bien se positionner dans de si grandes profondeurs : le puits de forage se situe à environ 1 500 m. Après, le principe est le même : il faut contenir avant que cela n’atteigne la surface. Vu ce qui s’échappe du puits, il me paraît illusoire de vouloir travailler directement au sol. Il vaut mieux se positionner au-dessus et récupérer ce qui remonte. Cela peut se faire avec des cloches plus légères. On peut même en fabriquer rapidement en matière textile.

Vous seriez prêt à intervenir sur place ?
Nous avons une équipe qui est partie là-bas car nous avons aussi des filets disponibles. À l’image de filets de pêche, ils sont capables de filtrer l’eau en surface et de retenir le pétrole pour éviter qu’il ne vienne souiller les côtes. Mais je dois dire que nous avons du mal à nous faire entendre localement. Nous nous heurtons à une sorte de protectionnisme américain sur les techniques à utiliser…

[via] Propos Recueilli par Philippe LEMOINE, ouest-france.fr

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